Le palais de l'Accademia
occupe le lot central du côté oriental de la place San Carlo.
La façade, comme déjà dit, suit fidèlement
le dessin de Carlo di Castellamonte.
Aucune information sur la sistémation intérieure originelle
nous est parvenue.
Les premiers documents au sujet des architectes qui travaillèrent
à l'aménagement du palais sont du XVIII.
Il est fort probable que l'extérieur du palais, tel qu'on le voit
aujourd'hui, pouisse être attribué à Benedetto Alfieri,
un des protagonistes du " classicisme-baroque " de Turin.
Alfieri intervint directment dans le projet urbain de la place San Carlo
en substituant, pour des raison de staticité, les minces colonnes
du projet du XVII siècle avec des solides piliers rectangulaires
aptes à soutenir le poid des façades.
Le palais fut amélioré, avec soin et passion, par le dernier
Isnardi, Angelo, qui en 1737, encore jeune, en devint le propriétaire.
C'est en effet au tour de l'année 1753 que Alfieri entreprit les
travaux pour l'aménagement définitif, notamment l'escalier
principal et la façade vers le bourg des tanneurs (actuellement
via Lagrange). L'architecte Giovanni Battista Borra aida Alfieri sur le
chantier, et le substitua après la mort de celui-ci, aidé
lui-même par Filippo Castelli.
En 1770 avec la mort de Angelo Isnardi, le palais passa à la famille
Asinari di San Marzano qui le garda pour le louer. En 1771 l'ambassadeur
de France, Baron Louis de Choiseul, l'utilisa pour un grand bal en honneur
du mariage entre Louise de Savoie, fille du futur Roi Victor Amédée
III, avec le Comte de Provence qui, par la suite, après la restauration,
devint Roi des Français avec le nom de Louis XVIII.
En 1782 le bâtiment fut acheté par le Marquis Giuseppe Vincenzo
Solaro del Borgo, qui devint par la suite mari de Luisa Asinari di San
Marzano.
Les Solaro y habitèrent jusqu'en 1827 et le louèrent à
l'Ambassadeur de Russie ; le Comte Woronzoff-Dashkoff jusqu'en 1838.
En 1838 le palais fut vendu à l'Accademia Filarmonica qui, vingtquatre
ans après sa fondation, y trouva son siège définitif.
L'Accademia était aussi, jusqu'à la moitié du siècle
dernier, une école de musique ; c'est pourquoi un des premiers
changements fut celui de douer le palais d'un salon pour les concerts:
l'Odéon.
Des ces travaux fut chargé l'architecte, et membre, Giuseppe Talucchi
qui utilisa la terrasse sur la cour intérieure pour adapter la
structure aux nouvelles exigences avec grand respect et sensibilité
envers l'oeuvre de Benedetto Alfieri.
L'Odéon fut achêvé en 1840 en analogie spéculaire
du salon d'entrée décoré avec les fresques de Galliari.
La décoration, en style restauration, tout en gardant son autonomie
stylistique, est en parfaite synthonie avec les décorations rocaille
realisées cent ans auparavant par Alfieri, Borra et Castelli et
constitue ainsi une séquence organique de salons d'époques
différentes.
Se conclurent ainsi les principales transformations du palais, exception
faite pour les modifications aux aménagements des intérieurs
de la fin du siècle dernier et les oeuvres de reconstruction après
les bombardements de la deuxième guerre mondiale.
L'INTERIEUR
Scalone
De
la cour on accède à l'escalier à deux rampes orné
de plâtres et balaustres en pierre de Garessio certainement dû
à l'architecte Benedetto Alfieri.
Le Salon d'entrée
La
hauteur du salon correspond à deux étages.
Le plafond était orné par des fresques de Bernardino Galliari
(1758) mais après les destructions de la guerre a été
décoré par Tagliaferri et Politi et représente les
présidents de la reconstruction, Tancredi Carassi del Villar et
Giovanni Canova, le président de la commission pour la reconstruction
Ettore Dupré, l'architecte qui a dirigé les travaux Arturo
Midana.
Des bas-reliefs qui représentent le fatigues d'Ercole, attribués
à Bernero, sont restés intactes.
Salle à manger des membres
Le plafond est décoré en style rocaille
tout comme le reste de la salle.
Le lustre est en style néoclassique et donc certainement différent
de l'original.
Les cadres des miroirs et des dessus des portes sont en bois doré
avec des toiles attribuées à Michele Rapous, spécialiste
de sujets floréaux, dont on trouve des oeuvres aussi bien dans
le palais Royal que dans beaucoup de maisons piémontaises. Aux
temps des Solaro cette chambre était utilisée comme boudoir
et on y trouvait des fauteuils et des banquettes. Les murs étaient
décorés avec une tapisserie de soie blanche avec des grandes
fleurs vertes et roses.
Salle à manger pour les invités
Ici aussi on trouve des riches décorations le
plafond étant en plâtre doré en style rocaille et
le lustre en style néoclassique. Les dessus des portes représentent
les arts probablement oeuvres du même Bernero sculpteur à
la Cour et professeur à Turin vers la moitié du dix-huitième
siecle.
Le couvre-cheminée en bois doré est original des temps des
Solaro quand le salon était le "salon de Compagnie" et
on y trouvait des fauteuils, une grande table ronde au centre et une tapisserie
en soie bordée d'or.

Octogone
Ce
bijou de l'apartement n'a subi aucune modification depuis le temps des
Solaro. Des miroirs recouvrent toute la surface des murs, exception faite
pour trois toiles, oeuvre du peintre Gian Domenico Molinari, qui représent
Victor Amédée III (1773/1796), les déesses de la
paix et de la guerre qui permettent de dater ces décorations des
temps des Solaro ou des San Marzano.
Les huit petites banquettes sont recouvertes d'une toile brodée
par les épouses des membres de l'Académie en 1839.
Galerie
Dans la galerie ont été reprises les décorations
de l'octogone.
Les peintures sont oeuvre de Ludovico Tesio, peintre piémontais,
élève du peintre romain Pompeo Batoni, tandis que les décorations
en bois qui ornent les dessus des portes sont dues à Francesco
Ladatte, piémontais aussi mais élève de l'école
parisienne.
Les banquettes sont aussi originales et datent de 1839.
Odéon
Projeté
et réalisé en 1838 par l'architecte et membre Talucchi,
cet espace représente un très riche exemple du style restauration
et est depuis destiné à l'écout de la musique.
Tout au fond on y trouve un portrait du Roi Charles Albert.
Salons pour la vie sociale
Ces salons, en bonne partie restructurés après
l'acquisition du palais de la part de l'Accademia, formaient jadis un
appartement qui se composait d'une entrée, une chambre à
coucher, deux autres chambres et un salon.
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